La structure du PIB dépend de 14% de la valeur ajoutée du secteur primaire

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Le CMC vient de publier ses appréciations des performances de l’économie nationale au titre de l’année 2014/2015. Pour les analystes du centre marocain de conjoncture, la structure, en volume, du PIB dépend encore de près de 14 % de la valeur ajoutée d’un secteur primaire qui occupe près de 40% de la population active.

Les activités non agricoles, se maintiennent avec de faibles fluctuations autour d’une tendance moyenne, de l’ordre de 4%. Le secteur tertiaire, des services marchands et non marchands, qui avoisine les 60% du PIB en volume, fortement mité par le secteur informel, ne présente guère de signes distinctifs de relance. L’urgence de la mise en oeuvre d’une stratégie de croissance inclusive se fait plus que jamais ressentir pour développer les mesures d’incitation des investissements novateurs et à forte productivité

Marché du travail : C-

Toute politique économique se veut basée sur une croissance économique forte et créatrice d’emplois c’est d’ailleurs ce qui explique que les défis majeurs des politiques économiques restent étroitement tributaires de la maîtrise de la dynamique de ce marché. Ainsi, en plus des efforts qui doivent être entrepris pour une mise à niveau de l’économie nationale et de promotion de l’investissement productif, un intérêt particulier doit être porté sur la valorisation des ressources humaines facteur important dans l’ascenseur social et surtout dans la réduction des disparités.

À travers le comportement de quelques agrégats, le CMC propose une appréciation de l’économie nationale et de certaines de ces subdivisions, selon une échelle décroissante de trois valeurs A, B et C afin d’aider les décideurs à une meilleure compréhension de l’économie nationale. Cette évaluation repose sur les données du tableau de bord, régulièrement publié par le CMC et qui synthétise la situation économique, financière, monétaire, budgétaire, sociale et de gouvernance sociales. Toutefois, les déséquilibres du marché travail ne pourront être atténués que par la promotion de l’investissement privé et l’incitation à la mise en place de mécanismes d’amélioration des compétences, d’intermédiation et de formation insertion.

Avec l’arrivée de quelques 190 000 nouveaux demandeurs d’emploi par an, le Maroc souffre encore d’un taux de chômage élevé notamment chez les diplômés. La programmation des mises à niveau multisectorielles a révélé au grand jour l’inadéquation entre les besoins en qualifications appropriés aux nouveaux métiers et une offre disponible matérialisée par les diplômés chômeurs de l’enseignement supérieur en constante augmentation.

Actuellement, peut-on dire que nous assistons à un essoufflement de la politique d’emploi ? Cela s’explique-t-il par un environnement peu favorable à la promotion de l’entreprise ?

Allégement du déficit de la balance commerciale (B+)

Le Maroc porte l’ambition de maîtriser son déficit commercial et considère être  habilité à jouer un rôle moteur dans la redynamisation du continent africain, voire de la région méditerranéenne. Il estime disposer d’atouts non négligeables pour la promotion de son commerce extérieur. Il s’agit particulièrement de l’exploitation des investissements importants réalisés en matière d’infrastructures pour favoriser la compétitivité hors-prix, avec comme points saillants, le port de Tanger-Med, considéré désormais comme l’un des plus importants hubs du commerce mondial, capable de rivaliser avec les infrastructures portuaires chinoises et coréennes.

Il peut, à cet égard, compter sur des secteurs clés, notamment la chimie le textile et l’agroalimentaire et sur le maintien de taux d’investissement nourris pour améliorer significativement ses richesses. Pour ce faire, des mesures de soutien du tissu entrepreneurial doivent être renforcées, en termes d’assouplissement des procédures administratives et de mise en place de modes appropriés de financement des entreprises.

Une attention particulière doit être portée à ce dernier aspect pour surmonter les difficultés qui ont entrainé un ralentissement du crédit bancaire et pour faciliter l’absorption du coût salarial induit par la révision du SMIG.

La Balance commerciale du Maroc a fin mars 2015 marque une progression de 6% des exportations par rapport à la même période en 2014 (52,702 milliards de dirhams contre 49,708 milliards de dirhams).

Les exportations ont connues un fort dynamisme, des principaux secteurs, à savoir les ventes de phosphates et dérivés (+20%), le secteur de l’automobile (7,1%), les secteurs de l’agriculture et agroalimentaire et celui du textile et cuir (respectivement 6,6% et 0,3%). Toutefois, les secteurs de l’aéronautique et de l’électronique ont connus des baisses (2,8 et de 2,2%).

Les échanges commerciaux du Maroc avec le reste du monde ont été marqués par une forte dynamique du taux de couverture des importations par les exportations évalué à 61% contre 49,4% un an auparavant. Le déficit commercial diminue pour se chiffrer à 33,750 milliards de dirhams contre un déficit de 50,858 milliards de dirhams à fin mars 2014, soit une amélioration de 33,6% gagnant ainsi 17,108 milliards de dirhams.

Aussi, cet allègement du déficit commercial s’explique par une augmentation de la valeur des exportations couplée à une baisse notable de celle des importations. Dans ce sens, les importations de marchandises ont enregistrées une baisse de 14% qui concerne quasiment l’ensemble des groupes de produits. Il faut dire que la réduction de la facture énergétique contribue, à elle seule, pour 73,4% de la baisse totale des importations.

A noter toutefois que même hors énergie, les importations enregistrent également un recul de 5,1% se chiffrant à 70,555 milliards de dirhams contre 74,312 milliards de dirhams à fin mars 2014.

La dette extérieure publique : (C)

La dette extérieure publique du Maroc, qui représente la totalité des engagements de l’Etat (administrations centrales et locales) est le fait, pour l’essentiel, du Trésor à hauteur de 50,8% et des établissements et entreprises publics (EEP) dont la part s’est établie à 48,9% ; les banques et les collectivités locales n’interviennent que pour une quotité négligeable de 0,3%. En 2014, l’encours de cette dette, qui correspond à la somme des déficits annuels successifs de l´État, a connu une envolée spectaculaire pour atteindre 277,7 milliards de DH après avoir été de 234,7 milliards de DH en 2013, marquant ainsi une hausse de 18%.

Force est de constater que le Maroc est lourdement endetté à fin 2014. Toutefois, la posture officielle reste porteuse d’optimisme. Banque Al Maghrib estime qu’une stabilisation de la dette publique est prévisible à très court terme ; il est même possible d’enregistrer une baisse à compter de 2017. Le Ministère de l’Economie et des Finances chargé du budget estime pour sa part que la dette pourrait être régulée à partir de 2016 sous l’effet de l’amélioration des équilibres macroéconomiques, dans le cas où la conjoncture internationale serait favorable. En fait, on semble faire peu de cas de l’absence d’une réelle stratégie de l’endettement, à partir du moment où l’important semble être la maîtrise technique du mécanisme de gestion de l’endettement.

Le risque reste toutefois présent qui pousserait l’Etat, en exploitant la confiance dont jouit le Maroc auprès de la communauté des affaires, des agences mondiales de notation et sous la conviction que les réalisations en matière de réformes des régimes de subventions, à céder à la solution de facilité pour s’adresser au marché financier international, par émission obligataire ou par emprunts directs, pour résoudre les besoins en financement des années à venir.

Climat des affaires : C+

L’appréciation de l’attractivité du Maroc se fait à travers un certains nombres d’indicateurs qui affectent la vie de l’entreprise et que les organes internationaux prennent en considération pour le classement des différents pays. Ces indicateurs retenus pour juger de la facilité de faire des affaires, offrent une perspective suffisante pour permettre aux décideurs de se prononcer sur le degré d’attractivité du pays. Ils sont nombreux et variés et vont des procédures de création de l’entreprise à l’acquittement des taxes, en passant par les conditions de commercialisation et de libre concurrence….

Toutefois, d’autres éléments sont non moins importants et permettent d’apprécier l’attractivité d’un territoire. Il s’agit principalement de la qualité du service du système fiscal, dans sa capacité à conjuguer proximité, célérité et efficacité, qui, tout en répondant au souci, de l’Etat, à enrayer la fraude fiscale et à contenir les déficits, permet de déployer les mesures d’équité attractives de l’investissement. Par ailleurs, de nombreux disfonctionnement restent liées à l’insuffisance de qualification de la

main-d’oeuvre qui aujourd’hui encore pénalise le marché du travail dans sa vocation à favoriser l’équilibre entre l’offre et la demande d’emplois. Ce, sans oublier les déficiences liées à l’instabilité de certains facteurs macroéconomiques ou à la fragilité et aux tourments qui ne cessent d’ébranler le marché financier…

Une feuille de route, formant Plan d’action 2015, pour encourager l’entreprenariat, a été adoptée, en début d’année, par le Comité national de l’environnement des affaires (CNEA), présidé par le Chef du gouvernement et auquel ont pris part, outre certains ministres, des banquiers et des représentants du monde des affaires. Ledit Plan vise à faciliter les procédures administratives notamment au niveau des modalités d’accès des entreprises aux marchés publics, par la mise en oeuvre d’une vingtaine de projets.

Ces derniers ont trait à la promotion du leadership entrepreneurial, au partenariat international, au transfert de la propriété et de l’urbanisme, au droit des affaires, aux marchés publics et au commerce extérieur. Il reste à espérer que ce programme puisse contribuer à ébranler, un tant soit peu, une apathie judiciaire récurrente, à enrayer une corruption tentaculaire, à restructurer un secteur informel déstabilisateur et à combler un déficit en ressources humaines affligeant…

Les Investissements Directs Etrangers (IDE) : B+

Le Maroc a connu, au cours des dernières années, un flux notable en investissements directs étrangers, à travers la mise en oeuvre d’un programme entretenu de privatisations, les sollicitations de la conversion de la dette extérieure en investissements

et l’élargissement des opérations de concession de services publics. Ces programmes ont été relayés par des incitations sectorielles localisées particulièrement au niveau de l’industrie, du tourisme, de l’énergie et des activités bancaires et plus généralement, encouragés par la volonté de modernisation économique que reflète, par exemple, la place financière de Casablanca, qui ambitionne de s’affirmer comme plateforme internationale.

Après la pause, au cours de la période 2008-2010, provoquée par la crise mondiale, les IDE ont retrouvé une embellie à partir de 2011, pour atteindre un niveau jamais égalé, en 2013, avec plus de 39,5 milliards de DH. Cette reprise a été confortée par le classement relativement avantageux (87ème sur 189 pays), en 2014, attribué par la Banque Mondiale (Doing Business) récompensant les quelques efforts entrepris pour l’amélioration du climat des affaires et surtout, par la stabilité du Maroc qui a su, jusqu’alors, neutraliser les différents projets de déstabilisation qui traversent la région.

Industrie : B-

Le concours du secteur secondaire est faible. Avec 12% de la population active, le secteur industriel reste préoccupant et ne contribue qu’à moins de 12% au PIB; part quasi immuable depuis des dizaines d’années. Une contreperformance qui tient tant, voire davantage, à une productivité du travail faible qu’à un manque d’investissement technologique sans parler des 55% de l’effectif des entreprises qui sont, soit analphabètes, soit ont le niveau du primaire. Cette situation ne permet pas à la force de travail d’améliorer son aptitude à utiliser les technologies disponibles. Il en découle le cumul d’une incapacité structurelle à convertir la croissance tendancielle en croissance effective. Cette situation est d’autant plus inquiétante et demande un traitement de choc, que ce secteur souffre d’une précarité inhérente à sa structure formée essentiellement (près de 95 %) de petites et moyennes entreprises souvent familiales, à la faiblesse de la qualification de sa main-d’œuvre, aux contraintes financières, à l’insuffisance de la recherche-développement et à la rareté des entreprises engagées dans l’innovation et enfin à la forte présence d’un secteur informel qui s’accapare entre 20 et 30 % du tissu de ce secteur.

En effet, il y a lieu de rappeler que la baisse du volume des investissements manufacturiers, enclenchée depuis déjà un certain nombre d’années, témoigne d’un changement dans la structure sectorielle de l’économie dans la mesure où de plus en plus d’entreprises préfèrent investir dans les services et le bâtiment jugés plus rentables. Plusieurs unités industrielles ont même fermé ou changé d’activité.

Tourisme :  B-

Depuis 2011, le Maroc semble bénéficier d’une rente de situation que lui procure la stabilité dont il jouit, eu égard aux événements géopolitiques qui marquent les pays, de la région, à offre concurrente. Parallèlement la vision 2020 semble être en état de maintenir le cap d’une croissance correcte avec l’arrivée de 10,3 millions de touristes au cours de l’année 2014 contre 4.4 millions à fin 2001, en progression en moyenne annuelle de 6,8%. Les performances en termes de recettes sont moins éloquentes, pour être passées, au cours de la même période, de 29 milliards de Dirham, en 2011, à quelques 58 milliards de Dirham en 2014 avec un taux de croissance annuel moyen de 5,5%. La durée de séjour moyenne est estimée à près de 19.8 millions de nuitées pour 2014, soit une augmentation annuelle de 3,5% en moyenne annuelle depuis 2001. Ce qui revient à dire que si les visiteurs arrivent en nombre considéré comme important, le taux de remplissage se fait selon un rythme deux fois moins important, ce que traduit la performance également bridée des recettes touristiques.

Le bémol s’explique par les nombreuses difficultés qui altèrent les réalisations des grandes stations balnéaires au niveau des étapes majeures du cycle de ces projets: élaboration, programmation, et mise en oeuvre. Situation d’autant plus pénalisante qu’elle subit les aléas de la conjoncture internationale marquée par une succession de crises profondes depuis 2008.

S’agissant du positionnement international, le rapport du World Economic Forum (WEF) sur la compétitivité touristique classe le Maroc au 62ème rang sur 141 pays et 4ème en région MENA, derrière les Émirats arabes unis (24ème), le Qatar (43ème) et Bahreïn (60ème). Le classement est fondé sur 14 critères fondamentaux, parmi lesquels le Maroc compte de nombreux maillons faibles, particulièrement au niveau de compétitivité des prix, du marché du travail et de la durabilité environnementale…

Agriculture : B+

La campagne agricole marocaine 2014-2015 s’avère être des plus généreuses en raison, essentiellement, des conditions climatiques favorables. Le cumul pluviométrique moyen national qui a dépassé 320mm, en hausse de 50% par rapport au niveau des précipitations de la campagne précédente, a été relevé par une bonne répartition dans le temps et à travers le territoire. Les barrages, à usage agricole, ont emmagasiné, de ce fait, plus de 11 milliards de mètres-cubes, enregistrant ainsi un taux global de remplissage de 78%, contre 72% l’année d’avant. Ce stock, en retenue, permet de couvrir les besoins en irrigation de l’année en cours, tout en sécurisant, au minimum, ceux des deux campagnes agricoles à venir.

Le rendement végétal s’en trouve donc amélioré, favorisé, en cela, par une mobilisation de plus de 1,5 million de quintaux de semences certifiées, en accroissement de 12%. Les emblavements couvrent plus de 5 millions d’hectares, dont 42%, en blé tendre, 33% en orge et 22% en blé dur… Les autres cultures ne sont pas en reste.

C’est ainsi que la production fourragère promet de larges disponibilités alimentaires pour un cheptel, qui affiche une situation sanitaire franchement satisfaisante. Les légumineuses alimentaires d’automne s’étendent sur près de 300 000 ha et concernent pour l’essentiel les fèves (57%), les lentilles (17%) et les petits pois (17%)… Enfin, la betterave à sucre, principale culture industrielle, occupe, dans des conditions propices quelques 55.000 hectares.

Dans ce contexte, le Plan Maroc Vert, ravive ses ambitions pour réaliser les objectifs fixés pour la période 2015-2020. Il s’agit particulièrement, dans le pilier I, de doubler les investissements orientés vers l’aval à l’horizon 2020, doubler les exportations agricoles et porter la valeur ajoutée des terres irriguées à plus de 4000DH/ha contre 3500 DH/ha actuellement. Au niveau du Pilier II, le Département de tutelle vise à pérenniser les acquis à travers le lancement de nouveaux projets, visant à multiplier par deux les revenus et les rendements des projets initiés dans le cadre de l’agriculture solidaire.

La situation rassurante évoquée ci-haut ne doit pas nous faire oublier les défis auxquels ce secteur est tenu de répondre. La question est de limiter sa dépendance aux aléas climatiques, notamment par l’accélération de la modernisation des techniques de production, la promotion de nouveaux métiers agricoles, le renforcement de l’encadrement et la valorisation de la recherche et des ressources humaines. Ce, en rappelant que ladite question s’inscrit dans un cadre délimité par l’effet de la mondialisation, l’impératif de la sécurité alimentaire, la menace du réchauffement climatique et la profondeur d’une pauvreté fortement soutenue par la précarité.

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